Vendredi 15 mai 2020

On interrompt nos gestes. On se tourne maladroitement autour. Lorsqu’elle fait un pas vers moi, j’en fais deux en arrière. On se regarde dans le fond des yeux. Elle lit la colère et l'épuisement dans les miens, je vois la fêlure et la tristesse des siens. J'ai peur de la prendre dans mes bras.

C’est comme s’il fallait s’apprivoiser un peu avant de se parler. On sait plus vraiment de quoi l’autre est faite, on a vécu tellement de choses depuis la dernière fois. De grands bonheurs et une grande tragédie. On essaie de partager les récits de ces moments qu’on a dû vivre séparément, c'est brouillon, urgent, ça déborde d'émotions.

Ma tête a du mal à juger du caractère réel de la situation, pourtant je suis bien là, dans cette maison qu'une âme a définitivement quittée.