La traversée

Je n’ai pas vu passer les trois heures de ferry qui séparent Sakaiminato de Nakanoshima.

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Nous avons suivi les petites mamies, pensant qu’elles choisiraient des places de premier choix. Nous nous sommes retrouvés dans une pièce sans sièges, tapissée de moquette épaisse. À disposition dans des étagères, des couvertures en polaire (prière de déposer 30 ¥ dans la boite prévue à cette effet) et des appui-têtes. Chacun se fait son petit coin douillet, puis les premières entament une sieste, les secondes s’asseyent en tailleur et commencent à réciter des prières. Les troisièmes sortent des plaquettes de bois en me regardant furtivement. Je me fais toute petite, me demandant si je ne suis pas dans un coin réservé aux pèlerins. Le Gru décide d’aller vivre à fond sa destinée de marin et part vers les embruns. Il en reviendra 1h plus tard, la bouche salée, les cheveux en bataille et le regard heureux.

Et moi, pendant cette heure ? Les mamies ont continué à me regarder et à me sourire. Au bout d’un moment, la plus joviale s’est glissée dans ma direction et m’a demandé en articulant bien d’où je venais. « Furansu kara kimashita, douzo yoroshiku », j’ai dit. La seconde, entendant ces mots, a rappliqué dare-dare. Et c’était parti pour une conversation lente, tranquille, avec beaucoup d’excuses, de rires et de douceur. J’ai été un peu triste, j’avoue, quand elles ont quitté le bateau dès le premier arrêt.

Je suis bien heureuse d’avoir persévéré dans l’apprentissage du japonais. Je suis souvent frustrée de la lenteur à laquelle j’apprends et m’en veux de ne pas réussir à en faire plus. Mais ce temps passé avec ces deux sœurs me rappelle que j’apprends avant tout pour communiquer avec des personnes comme elles et comprendre ce monde fascinant qui m’entoure.