Note cafardeuse.

La porte claquée après son départ vers des contrées virilement chaleureuses et houblonnées, tu as l’appart’ pour toi. Tu ne sais plus dire à quand remonte ta dernière soirée seule. C’est si loin.

Tu erres un peu sur le web, réactives un vieux Facebook et regardes les dernières nouvelles de tes « amis ». Tu n’as même jamais pris un café avec le quart d’entre eux.

Tu te raccroches un peu aux gens que tu connais, et dans cette liste figure encore une personne d’avant. Tu te dis que c’est con, cette expression, « d’avant ». Et tu cherches. D’avant quoi ? Avant maintenant ? Bravo Sherlock. Avant de quand tu étais jeune ? Non, tu n’es pas à l’âge de ces distinctions. Avant sa mort, bien sûr. C’est sa mort qui a tout fait basculer. Sa mort a fait aimer et haïr plus fort. Sa mort a fait abandonner, faute de sens, et revenir dans la réalité. Elle n’a pas fait évoluer ta vie en quelque chose de moins bien ou de pire, juste en un nouvel état, différent, moins léger, plus grave. Un état dans lequel on aime plus fort. Mais un état avec la peur en toile de fond.

Tu essaies de compter combien de petits deuils tu as dû faire, depuis. Lorsque le chiffre commence à être trop important, tu décides de faire des groupes qui ne compteront que pour un. Quand le chiffre atteint le nombre, tu décides d’arrêter de compter.

Tu retournes toujours sur la même personne « d’avant » lorsque ça ne va pas fort. L’amitié est morte depuis que tu as craché ta peine sans prendre de pincettes, elle se restreint désormais au sens Myspacien ou Facebookien, à un contact, un n° qui fait gonfler la Liste. Tu ne coupes pas ce dernier lien parce que tu veux voir ce qu’ils deviennent, regarder les photos de leurs fêtes où, jadis, tu étais conviée, baver d’envie devant leurs sourires heureux. Tu te dis que certains d’entre eux ont pris un coup de vieux. Tu te demandes si toi aussi. Sûrement, après tout, pourquoi dérogerais-tu à la règle. Ça fait si longtemps…

La tristesse, tapie dans l’ombre des milliers de tâches quotidiennes à faire, fait son entrée. Comme elle commence à former cette boule dans ta gorge, tu décides d’entamer cette boîte de pim’s à l’orange.

Et tu te rends compte que tu n’aimes plus ça. Trop sucré, trop écoeurant, trop pâteux.

Il n’en faut pas plus pour faire basculer de la tristesse aux larmes. Que toutes les pages se tournent dans une vie, finalement, tu t’es fait à l’idée. Mais tu aimerais voir venir.

Tu aurais plus profité de ces fêtes si tu avais su qu’un jour on ne penserait plus à t’inviter.
Tu aurais plus souvent dit je t’aime à Mado si tu avais su que cette 476 867ème fois était la dernière, même si le 476 867ème je t’aime a été la dernière phrase que tu lui as dit. C’était pas un « au revoir », ni un « à plus », encore moins un « bisou ! », non, c’était un « je t’aime ». Et un « je t’aime aussi » en retour.
Tu aurais plus écrit si tu avais su qu’un jour, les histoires, l’imagination, les mots, même, t’abandonneraient.
Tu aurais fait des concessions si tu avais su que cette occasion là, un manuscrit accepté dans une maison d’édition, putain, ne se représenterait pas.
Avant cette finale engueulade avec Titou, tu lui aurais expliqué en long, en large et en travers que tu le remuais pour son bien, que le secouer était un acte d’amitié envers une personne qui compte et qui se laissait couler.
Tu te serais gavée de pim’s jusqu’à ne plus aimer, et ainsi ne pas t’offrir une parenthèse au sacro-saint régime qui n’avait rien de réconfortant.

Ça pourrait durer la nuit, tant il est facile de remuer sa tristesse et de trouver des angles qui font pleurer. Et Lisa Hannigan entame Silent Night sur la liste de musique en shuffle.

Alors tu vas dormir. En espérant que demain, les pim’s auront meilleur goût.


Commentaires

1. Le samedi 31 mai 2008, 00:56 par Rebecca

Hey.
Je viens une semaine à Paris en juin.

Et vraiment, vraiment, je veux sortir du quart de tes "amis" avec lesquels tu n'as jamais pris un café.

Je t'embrasse.


Ce à quoi Eulalie a répondu :

Okay :)
2. Le samedi 31 mai 2008, 01:07 par Mnémo

A la poire les pim's! Fruités, légers et fondants dans la bouche. Fais hurler Britbrit et sors la wii fit. Bisous D.


Ce à quoi Eulalie a répondu :

Et un mojito ! Et un mojito !
3. Le samedi 31 mai 2008, 04:49 par CaribouRennes

Ouais, avant/après, ça laisse toujours cette impression parce que mine de rien, ça change beaucoup de choses. Ca permet de relativiser aussi, puisque ton regard sur tout peut aussi vite changer de façon aussi énorme, tout ce qui peut se passer à côté n'est finalement que peu de choses.

La tentation du souvenir et du "si" est forte, mais avec des "si" on mettrait Paris et un cheval dans une amphore, et finalement c'est simplement illusoire. Les regrets j'ai toujours été contre, la vie c'est pas une ardoise magique que tu peux effacer à volonté, c'est plus une toile et de l'huile -ou un mur et des sprays, pour les plus urbains- , sans possibilité de correction, faut simplement te dire que ce que tu as fait, et ce que tu as vécu, c'est ce qui te fait toi telle que t'es là, à l'octet près.

Bref, tout ça pour dire que le souvenir, oui mais pas trop, même si je te comprends assez bien.

Moi, c'était ma mèe, y'a tout pile dix ans, j'en avais neuf.
Bisous Lalie, un lecteur volage mais plutôt fidèle.


Ce à quoi Eulalie a répondu :

Merci pour cette pensée, une pensée en retour, un baiser également.
4. Le samedi 31 mai 2008, 12:11 par nhan_hien

Je voulais trouver des mots pour te réconforter, mais ça ne vient pas. Alors, juste, je pense à toi, et j'espère que ça ira. Je t'embrasse.


Ce à quoi Eulalie a répondu :

C'est plus qu'il n'en faut, merci :)
5. Le samedi 31 mai 2008, 13:05 par Chrys

Ahhhhh nostalgie quand tu nous tiens !!!! Ce que l'on a fait, dit, ce que l'on a pas fait, pas dit, trop ou pas assez, toutes ces expériences, ces sensations, ces sentiments, font ce que l'on est aujourd'hui.

(Ca fait un peu vieille conne grisonnante tout ça ).

Je ne crois pas qu'il faille refouler ces élans de mélancolie, au contraire, se laisser envahir, s'imbiber, pour mieux les laisser partir au loin.

Pfffffffffff si j'avais été moins tarte à 18 ans, j'aurais été de celles et ceux qui créent les marionnettes des guignols de Canal..Et cette occasion...P***** elle s'est jamais représentée en effet !!!


Ce à quoi Eulalie a répondu :

Elle arrive quand, la thérapie de l'Eternal Sunshine, qu'on oublie nos occasions manquées ?
6. Le samedi 31 mai 2008, 13:30 par Dom

Miss Eulalie, je ne fais pas partie de ceux qui ont pris un café, d'ailleurs, j'ai fermé mon compte facebook, j'y allais plus que pour acheter les autres. Mais cela ne m'empêche pas de continuer à aimer te lire et à être certaine que certaines occasions se représentent toujours quand on les mérite. Et puis, le reste...


Ce à quoi Eulalie a répondu :

Merci Miss Dom'
7. Le samedi 31 mai 2008, 13:41 par philippe

Que je n'aime pas te savoir dans un tel état !

J'espère que tu t'es réveillée ce matin un peu moins déprimée.

Grosses bises !


Ce à quoi Eulalie a répondu :

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas... Jusqu'à la prochaine fois. :)
8. Le samedi 31 mai 2008, 15:30 par cali rezo

y a des moments où j'ai l'impression que tu racontes ma vie... donc je la ferme tiens. Sauf que moi c'est les shocks au choco.


Ce à quoi Eulalie a répondu :

Connais pas, alors je les associerai à tes graaaaands yeux.
9. Le samedi 31 mai 2008, 21:53 par philippe

Tiens, un lien qui j'espère te distraira (un peu) :

http://fr.youtube.com/watch?v=cXNApZ2ALiQ


Ce à quoi Eulalie a répondu :

Merci :)
10. Le samedi 31 mai 2008, 22:33 par Olivier

"C'est un malheur de n'être point aimé ; mais c'est un affront que de ne l'être plus."


Ce à quoi Eulalie a répondu :

Alors il me faudrait une cargaison de "s", siouplaît.
11. Le samedi 31 mai 2008, 23:31 par Thonthon

Le malheur au malheur ressemble, Courons l'ensevelir ensemble


Ce à quoi Eulalie a répondu :

Atta j'prends ma pelle.
12. Le samedi 31 mai 2008, 23:34 par Delio

Lalie, bisous.

C'est tout ce que je peux faire pour toi. Mais ils sont chaleureux et viennent du cœur. Du tréfonds de celui-ci.

Je viens de me faire une petite recherche avec "Mado" comme thème, tu l'adorais ta grand-mère, c'est flag. J'en suis presque jaloux, moi qui n'ai connu que l'un de mes grand-parents, mon "Pépé" parti trop tôt quand je n'avais que 7 ans.... Et j'y pense quotidiennement ou presque, alors toi... je comprends ces moments de cafards.

Bisous, encore, tout plein !


Ce à quoi Eulalie a répondu :

Merci Delio, c'est parfait, y'a du soleil et de l'eau turquoise dans tes baisers.
13. Le dimanche 1 juin 2008, 02:37 par Lolo

C'est quoi çà ?

qui m'a volé ma Liliejoiedevivrepermanenteetjamaistriste ??

Allez Lilie, les coups de blues n'ont pas de raison d'être vu le nombre de tes amis sur le blog

Justement : a quand une soirée "Journal d'une blonde" avec nous tous ?


Ce à quoi Eulalie a répondu :

Oulalala, vous tous ? Pour moi toute seule ? Je n'aurais jamais assez de bras !
14. Le dimanche 1 juin 2008, 11:06 par hante - raid

Pschiiitt !!!

Pschiiiiiittttt !!! Psschiiitt !!!
Voilà, j'ai mis un peu de désinsectiseur dans les coins - à cause des travaux...
Tiens, encore un peu : Pschitt !!

Bonne fin de semaine !

Et, re-psschiitt !


Ce à quoi Eulalie a répondu :

*Tousse* *Tousse* Merci *tousse* *tousse*
15. Le lundi 2 juin 2008, 14:46 par Dana Hayes

Bisou.


Ce à quoi Eulalie a répondu :

Bien reçu !
16. Le lundi 2 juin 2008, 18:13 par ulfablabla

L'artiste a-t-il besoin d'être tourmenté pour être encore meilleur ?
Je ne sais pas, mais en tout cas, l'occasion d'une édition se représentera, je pense, si tu le veux vraiment, car le talent est là, et il te reste encore du temps, vraiment longtemps.

J'ai apprécié ton passage sur la vacuité des réseaux sociaux.
Même si ça n'est pas bien gai, j'aimerai te lire sur des sujets comme ceux-là -je dis juste j'aimerai-
Je fais partie de ces gens qui aiment bien parfois cultiver le "spleen", écouter des chansons tristes pour prolonger cet état. Tout en sachant s'arrêter à un moment, donner un bon coup de pied en touchant le fond !


Ce à quoi Eulalie a répondu :

J'ai souvent l'impression d'être chiante quand je me laisse aller, et je ne pense pas avoir une théorie révolutionnaire, notamment sur la vacuité des réseaux sociaux. Finalement, tout cela a déjà été dit... Merci en tout cas, de me préciser que ce type de texte, jeté à la va vite, reste lisible.
17. Le lundi 2 juin 2008, 18:30 par Moukmouk

Les réseaux de solidarité sont trop importants pour les confier à facen'importe quoi. Nous avons besoin de sentir, toucher les autre humains pour savoir qui sont nos amis. Un amour ne suffit pas, il faut un groupe...


Ce à quoi Eulalie a répondu :

Oui, Moukmouk, tu as raison, comme souvent. (Je ne vais pas dire toujours, hein, tout de même !) :)
18. Le lundi 2 juin 2008, 23:30 par Eulalie

J'vous kiffe. Tous.

19. Le mardi 10 juin 2008, 09:16 par callisto

Pardon, ça fait longtemps que je voulais mettre un comm, et je n'ai pas pris le temps jusqu'alors. Je voulais juste dire qu'à mon avis (si je puis me permettre) tout ce que tu fais ici même, les posts joyeux et les autres (très émouvants), c'est ça. C'est un peu de ça. Ou bien c'est déjà ça. C'est, comment dire, c'est tout simplement écrire - et bien écrire ! Alors non, ça ne ressemble pas à un truc tout prêt tout fait tout édité, mais ça n'est pas non plus ne rien faire et fermer la porte. Je crois.

20. Le mercredi 11 juin 2008, 13:25 par Marie

Et là, d'un coup, je n'aime pas n'être qu'une épaule virtuelle...


Ce à quoi Eulalie a répondu :

Un baiser, pas si virtuel.

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