Chat va pas

La démarche molle, l’œil hagard et le poil terne, le matou roux se traîne comme une âme en peine, du canapé au tapis, du tapis au canapé, du canapis au tapé, du tanapé au capis. Il refuse de manger et de boire. Et quand un chat refuse de boire, paraît qu’il faut s’inquiéter.

La maisonnée, donc, dont je suis la Reine depuis ce week-end, s’est réunie en conseil et j’ai été désignée pour aller faire le poireau chez le véto. (Paraît que les serfs travaillent… Tu parles, quelle belle bande de glandeurs !) Il faut savoir que notre chat a un sens de l’humour très moyen : embolie pulmonaire, problèmes cardiaques, déboîtements (oui, « S ») de la hanche, déchirure du coussinet, pneumonie, le roukmoute nous aura tout fait. Et à chaque fois, c’est grave. Et à chaque fois, on nous dit qu’il ne faut pas placer trop d’espoir dans les opérations.

C’est donc le cœur gros que, la nièce dans son siège auto, et le chat dans sa caisse, j’ai emmené tout le monde chez le véto. En étant à deux doigts de les abandonner sur le trottoir, parce qu’au bout d’un moment, les concerts duettistes de « miaoooooo » faibles et de « le chââââât !! Le ChAAAt ! » puissants, c’est assez pénible.

Chez le véto, ce ne sont plus des duos, mais une chorale. Le Colley qui flippe, le truc-de-race-mais-je-connais-pas-le-nom qui grogne sur la caisse du chat, le chat prostré de peur, le Terre Neuve à poils ras (bizarre) qui hurle à la mort, les maîtres qui essaient de se faire obéir « chouchoune, tais-toi ma chouchoune. Rhôôô, n’avait des gros malheurs ma chouchoune *smouatch* » (Chouchoune fait la taille d’un poney, avec des dents d’alligator), le téléphone qui pleure, euh non, sonne, c’est plutôt moi qui devait pleurer. J’ai peur des chiens. Surtout quand ils sont gros. Mais aussi quand ils sont petits. Et encore plus lorsqu’ils sont agités et qu’ils grognent.

Quand le vétérinaire prononce enfin mon nom, je soupire de soulagement. La bride du sac entre les dents, la nièce sous le bras, la poignée du panier du chat dans la main, les manteaux et jouets sur l’autre bras, nous voilà partis dans une pièce dont la porte filtre la cacophonie.

Le docteur remarque tout de suite le manque de combativité du matou. En effet, il a à peine sorti les griffes, alors qu’en temps normal, il lui aurait déjà lacéré la main avec un rictus satisfait. (Sur son dossier vétérinaire, est inscrit, et souligné deux fois : « Attention, chat teigneux ») Là, rien qu’un petit miaulement ridicule. Questions rituelles, auscultations, température, palpations, vérification des oreilles, des yeux, vérification minutieuse de la peau à la recherche d’une tique, et verdict : ce chat n’a rien.

Nous enchaînons donc sur ses balades nocturnes, et son environnement. Et il y a une semaine, nos voisins sont retournés en Nouvelle Calédonie. Nos voisins avaient une petite chatte, avec laquelle il se dorait souvent les poils au soleil. Même qu’ils mangeaient dans la même gamelle et qu’ils dormaient ensemble. Bon sang. Mon chat est amoureux. Et son amoureuse est partie à 20.000 km.

Bilan de la visite : mon chat est neurasthénique. Il vit un chagrin d’amour. Et il est sous Prozac pour chat. Alors moi je dis, comme on me l’a dit un jour, bien que les circonstances étaient différentes, « Keep Walking Roukmoute »

P.S. : Un poireau s’est caché dans ce texte. Sauras-tu le retrouver ?

Commentaires

1. Le mercredi 19 juillet 2006, 17:04 par dom

La maisonnée, donc, dont je suis la Reine depuis ce week-end, s’est réunie en conseil et j’ai été désignée pour aller faire le poireau chez le véto. Je l'ai, je l'ai !!

2. Le dimanche 12 novembre 2006, 14:56 par Moi en toute modestie

La magie du Ctrl F, cétil pas meugnon.

3. Le dimanche 12 novembre 2006, 14:56 par Moi en toute modestie

La magie du Ctrl F, cétil pas meugnon.