Journal du Japon

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mercredi 15 mai 2019

Le retour à Honshū

Les pèlerins de l’aller ont été remplacés par des randonneurs centenaires équipés de bâtons de marche. Le ferry en déverse une vingtaine à chaque île. Je suis jalouse du temps qu’ils passeront là-bas alors que nous devons déjà retourner sur Honshū, mais j’ai tout de même envie de leur crier par dessus bord « Rationnez vos BN ! Sinon ils vous donneront des huîtres frites ! ».

À bord, nous sommes interviewés par la télé.

Interviewer, content de tomber sur deux occidentaux - Vous étiez à Nakanoshima ?
Eulalie, hyper à l'aise - Oui !
Interviewer, content de tomber sur des occidentaux en mesure de répondre en japonais - C'était comment ?
Eulalie, à fond - Très joli.
Interviewer, en mode mitraillette - Et Ama ?
Eulalie, sentant l'embrouille venir - Très joli !
Interviewer, en mode investigation - Pourquoi êtes-vous venue ici ?
Eulalie, cherchant l'accès à son vocabulaire - Parce que... c'est très joli.
Interviewer, sentant l'embrouille - Comment avez connu les îles Oki ?
Eulalie, maudissant son vieux cerveau stupide - Par un ami qui m'a dit : "c'est très joli".

J’espère qu'il n'y aura pas trop de coupes au montage pour que chacun puisse bien saisir la complexité de ma pensée - et l'étendue vertigineuse de mon vocabulaire. Je suis très heureuse d’avoir pu transmettre un peu de ma sagesse.

Le petit-déjeuner des ryokans

J’adore ça. Vraiment ; la multitude de petits plats, la vaisselle, le soin porté aux couleurs, la minutie avec laquelle chaque élément est taillé et présenté.

Mais je n’aime pas. Je n’aime pas les poissons salés, séchés, saumurés, les sashimis de calmars ou de poulpe, je ne veux pas entendre parler d’huîtres de si bon matin, éloignez le gluant okura et le natte, ET C’EST QUOI LE TRUC AVEC LES CÉBETTES ET OIGNONS CRUS AU PETIT-DÉJ BANDE DE MALADES.

Heureusement, il reste le thé, la soupe miso régionale, le délicieux riz qui n’a ce goût qu’ici, les tsukemonos (hmmm les umeboshis), les crudités, les légumes et tofu cuits dans le petit bouillon avec parfois la sauce ponzu.

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mardi 14 mai 2019

L'onsen

Si j’aime l’intimité d’une salle de bain privée, je dois avouer qu’un bon bain chaud avec des jets massants est plus que plaisant pour délasser un peu le corps soumis à plus d’activités sportives en 10 jours qu’en une année complète. J’essaie diverses techniques pour avoir le lieu à moi seule, mais ça rate à chaque fois. 6h du matin, à l’ouverture, je pensais avoir un peu d’intimité puisque TOUT l’hôtel s’était déjà baigné la veille au soir. C’était sans compter sur la gourmandises des mamies japonaises.

Bonus : Jules César se comporte TROP mal dans les onsen (image cliquable). 2019-05-14_Ama-Onsen.JPG

Chiburijima et Rainbow beach, îles Oki

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La crapahute a commencé sous la pluie, sur des routes en lacet, pour aller voir le sanctuaire Himemiya. Sur le chemin du retour, on a vu un tanuki, alors la journée était faite. Comme nous sommes une joyeuse bande de débiles (ça commence bien à deux, une bande ?), nous sommes partis sans nos BN et sans savoir où se situaient les restaurants de l’île. Évidemment, ils se trouvaient de l’autre côté, derrière une montagne de 70 km. Dans une épicerie, nous sommes vite devenus une attraction. C’est pas souvent qu’on croise deux crétins en excursion sous la pluie qui gargouillent à réveiller les tanukis ! L’épicière nous a vendu des nouilles et nous a offert de l’eau chaude, une orange et son escalier tout neuf pour déjeuner. Ça nous a permis de voir un papy de 100 ans qui ressemblait à Steve Mc Queen faire d’une vieille moto à une main.

Lorsque les nuages se sont dissipés, nous n’avions qu’une idée en tête : se baigner les pieds dans l’eau fraîche de la mer du Japon.

La minuscule plage est vivante ; deux lycéens répétaient une chorégraphie de boy’s band, deux jeunes filles chantaient des succès à la mode dans leurs téléphones et cinq autres commençaient à apprivoiser leurs nouveaux instruments de musique (si on en juge à l’enthousiaste cacophonie que cela créait.) Dans ce tableau, rien n’allait ensemble, mais cela ne semblait pas troubler les cormorans qui nous regardaient depuis les petits rochers au loin ni les petites méduses accompagnées de leurs poissons de compagnie.

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lundi 13 mai 2019

Le tour de Nakanoshima

Je me sortais très bien de la location de vélos, quand soudain le dialogue est devenu plus ardu. Je fais répéter, len-te-ment, puis len...te...ment, mais quand tu ne connais pas les mots, tu ne les comprends pas plus lorsque les syllabes sont clairement détachées.

Je finis par deviner qu’il nous faut un permis de pédaler, ce qui d’un côté me soulage un peu car la dernière fois que nous avons loué des vélos, c’était en Maurienne et le « chemin du petit bonheur » m’a laissé une impression tenace de fesses de babouin pendant des jours.

Le responsable vient à la rescousse avec son traducteur. La voix robotique dit alors « est-ce que quand vous prenez l’assurance sur le vélo vous voulez le vélo de l’assurance ? ».

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Et c’est ainsi qu’ont débuté les 6 heures de babouinisation assurée.

Après la rude montée en vélo, nous descendons à toute berzingue pour profiter de l’air frais dans les cheveux.

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Nous arrivons dans des rizières au milieu desquelles se trouve ce sanctuaire dédié à Utsukanomikoto.

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On repart sur les vélos. On ne nous arrête plus. Il est Eddy, je suis Jeannie. Nous filons comme des comètes à la seule force de nos mollets d’airain. À peine essoufflés, nous faisons halte sur la côte Akiya pour admirer le paysage, la falaise recouverte d’une coulée de lave, le rocher rouge dont l’érosion a creusé un cœur en son centre, visible depuis le bon angle. La mer du Japon est agréablement fraîche. Nous faisons des photos cucul de touristes amoureux devant le cœur. Bientôt le chant des petites reines nous ensorcelle et c’est sans même nous en apercevoir que nous repartons les cheveux dans le vent.

Et puis nous nous sommes perdus. Seule la route principale figure sur les plans, papier et numérique. Nous avons visité bon nombre d’impasses, de cul-de-sacs et même de voies sans issue. C’est ainsi qu’au fond d’un passage qui sentait la glycine, à proximité d’un petit port, nous sommes arrivés à ce temple tout en bois.

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Tout à notre nouvel enthousiasme vélocipède, il est possible que nous ayons eu les yeux plus gros que les mollets lorsque nous avons décidé de gravir le Mont Kinkoji. Au bout de 10 minutes d’ascension, mes joues flambent, mon rythme cardiaque s’emballe et mes jambes tétanisent. Je descends de ma monture pour finir à pied, mais ma bécane est bien trop lourde. J’avise un petit chemin à l’ombre pour reprendre mon souffle. C'est le Grü qui finira de monter mon vélo alors que je continuerai à pied.

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Arrivée enfin en haut, je prends de grandes bouffées d’air, stabilise mon rythme cardiaque et remercie mon cœur et mes jambes de m'avoir menée jusque là. On a de la chance ? Assurément.

(Je veux pas la ramener, mais voilà une idée de la hauteur du Mont Kinkoji au sommet duquel nous sommes allés en vélo. (À assistance électrique, OK, mais on n’a utilisé qu’un riquiqui cinquième de la jauge d’énergie, alors bon, hein, bon.) (Applause please.))

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dimanche 12 mai 2019

La traversée

Je n’ai pas vu passer les trois heures de ferry qui séparent Sakaiminato de Nakanoshima.

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Nous avons suivi les petites mamies, pensant qu’elles choisiraient des places de premier choix. Nous nous sommes retrouvés dans une pièce sans sièges, tapissée de moquette épaisse. À disposition dans des étagères, des couvertures en polaire (prière de déposer 30 ¥ dans la boite prévue à cette effet) et des appui-têtes. Chacun se fait son petit coin douillet, puis les premières entament une sieste, les secondes s’asseyent en tailleur et commencent à réciter des prières. Les troisièmes sortent des plaquettes de bois en me regardant furtivement. Je me fais toute petite, me demandant si je ne suis pas dans un coin réservé aux pèlerins. Le Gru décide d’aller vivre à fond sa destinée de marin et part vers les embruns. Il en reviendra 1h plus tard, la bouche salée, les cheveux en bataille et le regard heureux.

Et moi, pendant cette heure ? Les mamies ont continué à me regarder et à me sourire. Au bout d’un moment, la plus joviale s’est glissée dans ma direction et m’a demandé en articulant bien d’où je venais. « Furansu kara kimashita, douzo yoroshiku », j’ai dit. La seconde, entendant ces mots, a rappliqué dare-dare. Et c’était parti pour une conversation lente, tranquille, avec beaucoup d’excuses, de rires et de douceur. J’ai été un peu triste, j’avoue, quand elles ont quitté le bateau dès le premier arrêt.

Je suis bien heureuse d’avoir persévéré dans l’apprentissage du japonais. Je suis souvent frustrée de la lenteur à laquelle j’apprends et m’en veux de ne pas réussir à en faire plus. Mais ce temps passé avec ces deux sœurs me rappelle que j’apprends avant tout pour communiquer avec des personnes comme elles et comprendre ce monde fascinant qui m’entoure.

Temple Oki, Ama Town, Nakanoshima

Le temple Oki est notre première promenade sur l’île. C’est un bonheur visuel, auditif et olfactif. Végétation immense peuplée d’oiseaux inspirés, un léger vent nous porte des embruns. Les odeurs de mer, sel, fleurs sucrées, herbes chaudes et humidité se mélangent.

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mardi 7 mai 2019

Géoloc : je suis la ravie avec un sac à dos jaune qui sourit à tout le monde au terminal 2E

Dans le sac à dos de l'époux : iPad plein de séries sérieuses, iPhone rempli de podcast d’adulte, chewing-gum pour l’avion, gel antibactérien, kleenex, chargeurs divers, paracétamol, sérum physiologique, journaux, lunettes pour voir de près, lunettes pour voir de loin, lunettes pour voir de semi-près, lunettes de nuit.

Dans mon sac à dos : trousse de crayons de couleurs, cahier, stylo bille panda, cahier de devoirs de vacances, bonbecks. Mince, j’ai oublié l’autorisation de sortie du territoire signée par mes parents ! À noter que j'ai vaillamment résisté à l’appel de crayons de couleurs aux mines chamarrées et d’un stylo bille en forme de baguette de pain ; bienvenue en semi-adultie ?

mercredi 10 janvier 2018

Don't blink

Comment faire flipper une petite nature facilement effrayée, leçon 1 : le post-it et le placard.

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Comment ne pas être dévoré de curiosité avec un message pareil ? Que se cache-t-il dans ce placard ? Est-ce que ça va nous tuer ? Mon ange aura-t-il la possibilité de me sauver si ça tourne mal, ou dois-je l’appeler juste pour qu’il m’accompagne aux Enfers ? Entre ce message et le kimono accroché au mur que j’ai confondu avec un fantôme à mon réveil, il va falloir beaucoup marcher la journée pour écraser de fatigue au retour dans l’appartement.

Au théâtre de la salle communale de Pont-Yvette sur Roupillon

Ça a bien commencé. Le douanier m’a demandé si j’étais jouzue (douée) en nihongo (japonais). Je mets ça sur le compte mon jovial « Ohayoooo gozaimaseeeeeeuh » (booonjouuuur), que du coup j’ai rapidement ravalé. J’ai rougi et bredouillé un pauvre « non, non, pas du tout ! », de peur que ma bête naïveté déclenche une expulsion du territoire pour déclaration mensongère. Ma réponse empressée a eu plus ou moins l’effet escompté ; j’ai eu le droit de passer, mais les douaniers ont ri un peu trop fort à mon goût.

Après, deux policiers nous ont accompagnés au comptoir de la Poste où notre routeur wifi nous attendait sagement. On doit avoir l’air de fieffés nigauds pour avoir carrément besoin d’une escorte. L’un des deux m’a demandé si je parlais bien japonais, j’ai répondu « hmmmm chotto, hon no chotto » (hmmmm peu, très peu) avec un air contrit, ça l’a fait sourire.

Ma carrière d’humoriste gaijin (étrangère) commence bien, si tu veux mon avis.

Et me revoilà dans ce pays qui me manquait même quand je ne l’avais jamais visité que dans mes rêves.

mardi 9 janvier 2018

Géoloc : je suis la ravie avec un sac à dos jaune qui sourit à tout le monde au terminal 2E

Et je bois une bonne chamomille à sa mémère pour essayer de dormir plus de 10 min pendant les 12 prochaines heures de vol. (J’ai rajouté un peu d’eau fraîche dans l’eau chaude parce que je suis une #GangstaTiède)