Brossez-vous les décadents

La rubrique de Monsieur Muche.

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mercredi 16 février 2011

Nature est découverte

Souviens-toi Rebecca comme la vie était belle en ces jours si vieux qu’il n’en reste que le bruit du vent lorsque l’on ouvre la porte.

Te rappelles-tu mon p’tit Lulu le bonheur frais qui craquait sous nos dents gourmandes quand le soleil se couchait à l’horizon serein ?

Entends nos rires, très chère Elvire, ceux qui résonnent encore entre les murs de notre premier logis. Le plaisir était alors en accès libre.

Tous les prénoms du monde étaient témoins de notre béatitude. Ils portaient sur nous un regard humide baigné d’affection bienveillante.

Nous étions bien, nous étions beaux, nous étions jeunes.

Puis, nous dûmes partir.

L’aventure nous appelait en de contrées plus lointaines, plus sauvages, plus folles. Mais aussi plus âpres, plus féroces, plus sèches.

Une fois arrivés, nous dûmes constater que le contraste était plus violent que celui envisagé.

Le temps passant, les sourires disparaissaient de nos joues, l’éclat de nos yeux se vitrifiait, nos mines pâlissaient. Nos peaux, jadis de pêche, prenaient l’aspect de papier mâché.

Nous devenions las. Chaque jour, notre perte se faisait cruellement ressentir.

Le destin avait tissé un bien vilain motif sur la toile chamarrée de nos existences.

Pourtant, nous sûmes garder le front haut et croire malgré tout en de lendemains bénis où le gazouillis des hirondelles chasserait le vol noir des corbeaux.

Mais il faut croire que l’Éden garde rancune à ceux qui le quittent.

Car pour avoir osé renoncer à la vision enchanteresse des atours généreux de Madame Nichon, nous sommes depuis cet été condamnés aux odieuses exhibitions de Papy Quéquette, qui, comme son nom l’indique, n’est pas une jeune femme qui se promène dans son appartement les seins à l’air.


mardi 7 avril 2009

Vulgaire épais, Par Monsieur Muche

- Hé dis vieux gras, ça fait longtemps que t’as rien branlé sur le blog. Ça te le trouerait une seconde fois d’en foutre une rame pour changer.
- Calmos mémère, tu changes de ton ou j’te fous une danse qui rappellera les bals pop’ à la France entière. C’est quoi qui te défrise ?
- C’qui me défrise ? C’qui me défrise !! Mossieur joue les filles de l’air, un petit tour par ci, une courbette par là et c’est marre. Après c’est lettre morte pendant six mois si ce n’est plus et de son cul de poule formé en cœur il me demande comme une sucrée ce qui me défrise.
- Je rêve, je nage en plein cauchemar et c’est une piscine de merde. Entre les quelques flatulences qui te servent de mots j’ai cru entraver comme le début du reproche de ne pas assez bavasser sur ton espace public. Je sais que j’ai la caboche gaulée comme ton cul, mais elle n’est pas si déformée que je ne me souvienne pas avoir collé mon blaze en bas d’un papelard. J’te dois rien la blondasse.
- Ha ben bravo, elle est jolie la France des gentilshommes avec des cadors comme toi pour la représenter. Quand tu minaudais comme une rosière de carnaval pour que je t’accorde un regard, il semble que tu faisais moins le farouche. C’était des « Bien sûr Princesse » et des « Sans problèmes ma douce » qui se bousculaient à travers tes chicots moisis pour me satisfaire. Aujourd’hui qu’il faut assumer et s’occuper du petit, c’est le festival des prétextes à la con. Tu vas voir que demain il pourra pas non plus parce qu’il faut qu’il aille regarder pousser de la barbapapa.
- C’est bon, c’est bon, j’abdique. Qu’est-ce qu’il faut que je fais pour qu’tu me lâches la grappe ?
- UN TEXTE !!!!!!!! J’AI BESOIN D’UN PUTAIN DE BORDEL DE TEXTE !!! Inattendu si possible.



- Done.
- Z’êtes un chef muchigrou.


mardi 10 février 2009

Canidé original, droit de réponse de Monsieur Muche

« Méconnaissances, amalgames, approximations, honte sur eux ! »

Voilà chers internautes les quelques mots que je fulminais alors que je prenais connaissance des réactions à l’article précédent de Glibichette intitulé « Ouahouah. »
Et encore, n’eussent été ma pondération proverbiale, ma courtoisie légendaire et ma rigoureuse éducation, ce sont quelques expressions plus fleuries telle que « Pourquoi tant de haine, corrompus, éducation de m… » qui auraient affleurées l’onde de mes pensées.
Mais cela aurait présupposé la volonté de nuire chez les honorables commentateurs alors que de toute évidence leur démarche procède de l’ignorance.

Voilà pourquoi j’estime le temps venu d’endosser la toge du maître pour dispenser la lumière de la connaissance canine sur un monde de toute évidence plongé dans l’obscurité.

Le Clapoto des fourrés, puisqu’il en est ici question, descend en droite lignée du fameux Frunhärd à poils semi épais (Freçï unyär Mylkit) importé d’Oural par les hordes Tatares en 1612. Le 26 juin pour être précis, après la période de quarantaine réglementaire au poste frontière de Baden-Baden.

La nature de son pelage trop léger pour s’adapter au rude climat montagnard, trop fourni pour supporter les chaleurs estivales du sud et trop soyeux pour les bretons, l’amena naturellement à trouver en plaine le terreau de son épanouissement. Notamment dans les régions marécageuses du Morvan et du Cher.

Doux avec les enfants, féroces avec les renards, docile, malicieux, rapide, intrépide, ce clébard devint vite la coqueluche (oups) des seigneurs du crû. Beaucoup ainsi, prirent l’habitude d’incorporer dans leurs meutes ce joyeux compagnon de battue.

Et du fil du temps en aiguilles des mutations, le Frunhärd perdit quelques longueurs de poils, sa truffe s’allongea, ses pattes se palmèrent et il devint apte à évoluer dans l’eau.
Mieux que flotter, moins bien que nager, voilà la définition de clapoter.
En terrain plat, un lieu d’embuscade ? Ne cherchez plus, c’est un fourré.
D’où aujourd’hui la quintessence française du chien de chasse des marécages mondialement connu sous le nom de Clapoto des fourrés.

Certaines âmes égarées vous certifieront que le Clapoto n’a jamais posé un seul coussinet dans de sympathiques fourrés champêtres, mais qu’il trouve son bonheur dans de sinistres forêts, au milieu des chênes, des hêtres ou des mélèzes (N°1 – The Larch).
Cette hypothèse ridicule s’explique par la confusion existante avec le Glapito des bois, remarquable fleuron français du chien de chasse forestier, qui attire le faisan en imitant à la perfection le cri du paon égaré. (Apparté scientifique : le faisan raffole autant du paon perdu qu’il se méfie des pandémies.)

Concernant le Forez, le dernier témoignage recensant la présence d’un Clapoto dans cette région, aux environs de St-Thomas-la-Gardé, vient de M. Emile Dufourche qui déclara en 1899 à la Gazette de Grezieux-le-Fromental « Pour sûr que j’avions vu une drôle de bestiau roder autour de la bâtisse de monsieur le maire. Noir comme le diab’ qu’il était. J’allions lui mettre un coup de fourche au cul, mais il a détalé comme un faisan devant une pandémie. »
Sachant que le pelage du Clapoto n’est jamais noir et qu’il ne fuit devant personne, nous pouvons d’ores et déjà affirmer que M. Dufourche se trompait. Il s’agissait sûrement d’un caniche ivre s’étant égaré au retour du fameux carnaval pour cabots ridicules de St-Romain-la-Puy qui à l’époque se déroulait une fois l’an le 04 avril.

Quant à l’évocation d’un Clapoto des Forets, je préfère passer le dossier à Mulder, Scully et leur ingénieuse équipe de traqueurs du surnaturel. Etant donné la délicatesse de l’ouïe du Clapoto, il ne saurait s’approcher à moins de quatorze kilomètres d’une perceuse. Si quelqu’un affirme avoir vu un Clapoto près d’une perceuse, c’est que ce n’était pas une perceuse.

L’honorable et fort cultivé Olivier nous a judicieusement fait part de l’existence d’un Clapoto des Faurés qui pratique habilement de l’orgue.
Après enquête, je suis en mesure d’apporter quelques précisions.
Il répond au doux nom de Cunégond, c’est LE Clapoto des Faurés, puisque les deux autres chiens sont un golden retriever et un fox terrier (resp. Mathilde et Flashy Flash).
L’orgue sur lequel il joue est en réalité un synthétiseur Bontempi connu pour usurper largement l’appellation d’orgue, acheté pour les huit ans d’Ernestine Faurés en 1989. Livré avec sa méthode d’apprentissage, il permettait une maîtrise de l’instrument en moins d’un mois. Ce qui réduit considérablement le mérite de Cunégond, sachant qu’il lui en a fallu deux pour jouer sans fausse note « Requiem pour une pantoufle. »
La maîtrise de la flûte traversière nous eut sans conteste beaucoup plus impressionnés.

De son côté, l’honorable Benoit mentionne le Clapoto des bosquets. Il s’agit tout simplement d’un jeune Clapoto en phase d’apprentissage du métier. Une fois son examen en poche, à savoir marquer correctement l’arrêt sur un canard en plastique jaune qui fait « pouêt », il sera libre d’évoluer dans tout fourré à sa convenance. Croyez bien que dès son instant, il dédaignera le bosquet jusqu’à la fin de ses jours.

Pour finir, Mika nous demande ce qu’il en est du Clapoto Subaquatique.
La seule fois où un Clapoto fut vu en train de pratiquer l’immersion totale et prolongée en milieu marin, c’est depuis le hublot d’un certain Yellow Submarine.
A ce qu’on m’a laissé entendre, il semblerait que malgré la profondeur, les occupants dudit sous-marin planaient sévère.
Autant dire que cette hypothèse farfelue n’a rien à faire dans un cours sérieux de haute tenue scientifique.


lundi 4 février 2008

Au théatre ce soir

Honorables Lecteurs,

Oui, amis de la gent masculine qui posez vos yeux par ici, c’est particulièrement à vous que je m’adresse.
N’en prenez point ombrages belles Dames. Si vous daignez poursuivre cette lecture, vous conviendrez aisément de la légitimité de ce préambule.

De nos aïeux, nous avons reçu bien des dons, la brosse à dents à poils rigides, le cirage lustrant, les chemises hawaïennes et un avertissement pétri de sagesse qui s’énonce en ces termes « Tourne sept fois ta langue dans ta bouche avant de parler. »

Si le maniement de la brosse à dents à poils rigides n’a plus de secret pour moi, si mes chaussures sont tellement brillantes que l’on peut suivre mes pas dans la nuit à cent mètres de distance, si je porte la chemise hawaïenne avec une aisance telle qu’il n’est pas rare que l’on me surnomme le Thomas Magnum des beaux quartiers, il s’avère que ma pondération linguale est des plus défaillantes.

Laissez moi donc vous compter pourquoi.

Le coup de pied de l’âne


Une pièce en deux actes de Monsieur Muche, honorable sociétaire de la Comédie Lalalienne.

Acte 1, Scène 1


Sur la scène une table blanche. De part et d’autre de celle-ci, sont assis une ravissante jeune femme blonde, Damoiselle Glibe, et une vieux barbon bedonnant, Monsieur Gru.
Damoiselle Glibe présente à Monsieur Gru une feuille où sont esquissés quelques dessins. Il émet son avis :

Monsieur Gru, badin

L’art est plaisant ma chère mais veuillez me permettre
Sur vos dessins ci faits quelques remarques d’émettre.
Vous vous croquâtes grande et la taille serrée
Mais vous n’êtes vraiment si svelte, si élancée.

Damoiselle Glibe, en courroux

Entendez-vous par là, vous qui pesez trois hommes
Qu’en plus de l’embonpoint, j’ai la taille d’un gnome.
Jamais de votre bouche n’aurais-je cru ici-bas
Que sorte à mon endroit le terme de Boudina.

Monsieur Gru, consterné et en aparté

Diantre, aurais-je gaffé ? Tâchons de nous rattraper.

Monsieur Muche, tâchant de se rattraper

Ne vous méprenez pas sur le sens des paroles
Qui sortirent de moi comme le lait d’une casserole
Oubliée sur le feu pendant trop de secondes
Et qui en débordant la gazinière inonde.
Ce que j’ai voulu dire par ces mots mal choisis
C’est qu’à mes yeux sans doute vous êtes la plus jolie
Mais qu’à la vérité même si vous êtes un ange
Vous n’avez pas la taille d’Inès de la Fressange.

Damoiselle Glibe, main droite au front et main gauche sur le cœur

De vous je ne veux plus aucune explication
Qui acheminent les maux vers les complications
Quoique vous puissiez dire il y a toujours un os
C’est que vous me traitâtes de petite et de grosse.
Vous perdez ma confiance et ce pour quelques lustres
Car je vous considère, Monsieur comme un vieux rustre.

Damoiselle Glibe, serrant les poings et sur un ton vengeur

Et ça vous allez me le payer.


Rideau
Fin de l’acte, fin de la scène




Acte 2, Scène 1


Sur la scène sont éparpillés des débris de stylo, les vêtements de Monsieur Gru sont en lambeaux et son visage arbore quelques ecchymoses. Il contemple piteusement un écran d’ordinateur portable tandis que Damoiselle Glibe lime ses ongles d’un air satisfait.

Damoiselle Glibe, sentencieuse

Que lisez vous mon brave en cette heure tardive
Quelques potins médiocres sur quelques grandes endives
Celles dont vous raffolez du physique longiligne
Et qui dans les journaux occupent trop de lignes ?

Monsieur Gru, distrait

Non point ma douce, car je prends connaissance
Du match que Marseille gagna avec aisance
Contre une bien trop pâle équipe monégasque
Qui possède de bons joueurs mais au talent fantasque.

Damoiselle Glibe, moqueuse

Vous suivez donc encore l’épopée phocéenne ?
Celle qu’hier encore vous abreuviez de haine
Avec de vilains mot qui, si j’ai bonne mémoire
Rimaient plus avec veaux qu’avec vaillants cougars.

Monsieur Gru, ripostant sottement

Vous gaussez facilement l’équipe de mon cœur
Mais sauriez-vous comme eux courir avec ardeur
Durant une heure et demie, sans broncher sans pâlir
Vous qui êtes sportive autant qu’une poêle à frire.
Et vous qui l’autre jour causiez d’abdominaux
En avez-vous fait un sans vous rompre le dos ?

Damoiselle Glibe, la moutarde au nez

Vos remarques ce soir sont d’allures cuisinières
Et le ciel m’est témoin qu’elles sont plutôt grossières
Bientôt sera le moment où votre vilaine bouche
Sortira des injures comme servies à la louche
Où vous me décrirez comme une molle limace
Impropre au moindre effort telle une poule bien grasse
Sachez faquin immonde que fut un temps récent
Où sur des parquets de danse je suais eau et sang
Et si depuis ce temps mes vêtements sont plus amples
C’est parce que c’est de vous que j’ai suivi l’exemple.
Sauf pour la vilenie où point n’avez de maître
Pour cela je vous prie d’aller donc vous faire …

Rideau en catastrophe
Fin de la scène, fin du deuxième acte, fin de la pièce



Voilà mes amis, j’espère que cette bien triste aventure aura su vous montrer à quel point il est bon de choisir ses mots avec soin quand vous parlez à votre dulcinée.
Surtout quand vous parlez silhouette, surtout après les « poches » de sinistres mémoires et surtout, surtout quand l’aimée est rudement jolie.

A moins que l’aventure en votre esprit n’habite
Gardez votre langage loin des erreurs susdites
Car même la moquette la plus épaisse qui soit
Ne remplacera jamais le moelleux d’un matelas.

lundi 1 octobre 2007

Eclaircissements


Comme d’habitude, le précédent post de Gliboune est une merveille de littérature. L’alliance percutante de la concision et de la rigueur narrative a fourni un parfait outil pour extraire de la gangue carbonifère du quotidien le diamant brillant d’un billet humoristique. Je suis d’autant mieux placé pour en parler avec détachement et impartialité que, sur ce coup, je lui ai fourni la matière première.

Néanmoins, pour aussi sympathique qu’elle soit, cette phrase contient un reliquat d’imperfection que constitue sa nature sibylline susceptible d’interloquer le quidam en visite.

Aussi, je me propose de vous apporter quelque éclairage afin que ma décadence sous vêtementale ne soit plus pour vous un sujet de perplexité.

Au temps où les volcans n’étaient pas encore source de jeunesse mais plutôt de cloques aux pieds pour les distraits s’en approchant, c’est-à-dire dans ma prime enfance aux dires des perfides, je pratiquais le football avec la fougue vigoureuse propre à la majorité des bambins mais avec hélas la même maladresse pataude.

Le nombre de jonglages consécutifs que j’arrivais à enchaîner était compris entre 0 et 2.
Autant dire une misère. De quoi peut-être décourager tout un chacun, mais certainement pas un gosse rêvant d’éblouir la foule du Maracana.

Possédant déjà un esprit analytique j’avais posé le constat suivant : mon taux de réussite médiocre était dû à mon incapacité à maîtriser la rondeur du ballon. De par le fait, je ne pouvais acquérir la gestuelle correcte. Je devais donc trouver un objet de substitution léger et pédestriable (qui est l’équivalent pédestre de maniable.)

Après un temps de recherche menant à l’exclusion de mon pull, de l’ours en peluche de ma sœur, de mon béret et même de ma brosse à dents (un peu de magnanimité que diable, j’étais jeune, donc insouciant des règles fondamentales, dont la primordiale « On ne joue pas avec sa brosse à dents ! »), au moment du coucher je tombais enfin sur l’objet idoine en mon slip.

Derechef, je m’attelais avec assiduité au perfectionnement de ma technique jonglatoire tous les soirs avant le dodo. Au grand dam de Dame ma Mère quand, voulant lui prodiguer le baiser de la douce nuit, elle tombait nez à nez avec son rejeton s’agitant nu dans sa chambre avec un slip sur l’occiput.
C’est pourquoi, au fil des ans, je pus acquérir une maestria certaine dans la pédipulation de mes sous-vêtements.

Un slip au sol pouvait m’emmener dans des heures d’exercices de haute volée.
Je ramasse le slip avec l’orteil, d’un geste vigoureux je l’envoie en l’air où je le réceptionne sur le front, d’un dégagement frontal arrière il atterrit sur la nuque, puis hop l’épaule droite, hop l’épaule gauche, l’épaule se rejette en arrière, le dos se creuse brusquement et voilà le slip sur les reins, le dos se redresse, la jambe gauche se plie vers l’arrière pour récupérer le slip sur le talon, talon gauche vers talon droit, mouvement vertical puis rétro circulaire du pied pour récupérer le slip sur l’orteil et c’est reparti pour un tour.

Inutile de dire que les quelques demoiselles devant qui j’exécutais ces acrobaties étaient littéralement stupéfiées par tant d’agilité.

Sauf, bien entendu, Eulalalalère, qui resta de marbre de longues minutes avant de partir dans un grand éclat de rire laissant entendre que j’avais atteint le plus haut échelon du ridicule sur son échelle personnelle.
J’ai donc délaissé cette pratique.
Et depuis, je ne suis plus aussi doué.

Quelle cruelle perte pour le monde sportif !

mardi 5 juin 2007

Etude de la Truchinette à poils blonds dans son milieu naturel.

La Truchinette manifeste une quasi obsession pour la rutilance des robinets de salle de bains.
Quand elle furette aux abords d’une douche où certains dépôts calcaires se feraient trop visibles, elle acquiert un comportement très précis que l’on peut découper en 7 étapes.

1) Recherche du produit nettoyant.
2) Pulvérisation du produit sur le moindre mm².
3) Attente de 15 minutes en chantant fort « Piou-piou petit poussin » et en se limant les ongles.
4) Rinçage de la douche.
5) Une seconde après, émission de piaillements aigus entrecoupés de « C’est pas vrai, quelle bécasse ! »
6) Prise de la décision ferme et définitive de désormais ne plus jamais procéder au rinçage en s’enfermant dans la douche. Et en fermant bien hermétiquement les portes « pour ne pas en mettre partout hein ? »
7) Le lendemain, elle recommence. Oui, oui. Point 6 inclus.

lundi 2 avril 2007

Quoi de plus humain ?

Comme Glibijolie vous l’a narré dans son précédent texte, le chemin administratif qui mène vers la location d’un appartement est jonché de documents à fournir comme autant de soupçonneux postes de contrôles à franchir.

Nos interlocuteurs font alors montre d’un sérieux frisant la paranoïa hystérique, ils traquent la moindre signature un peu hésitante avec le zèle angoissant d’un expert inspectant un nouveau Picasso découvert « par hasard » dans un grenier, ils reluquent nos bulletins de salaire avec l’œil du vieux pervers libidineux à la sortie d’une école de jeunes filles, ils contrôlent nos cautions comme la SRPJ de Marseille vérifiait les alibis de Francis le Belge après le suicide d’un patron de boîte de nuit de quatre balles dans le dos.
En résumé, ils nous font bien sentir que nos regards francs et nos voix assurés ne leurs suffisent pas à tisser une relation de confiance.

« Quelle férocité, quel acharnement dans le labeur. N’ont-ils donc aucun répit dans leur lutte contre le locataire indélicat, n’éprouvent-ils aucune lassitude dans leurs enquêtes, noyés qu’ils sont sous les tombereaux de paperasses ? Ne sentent-ils jamais le rouge de la honte leur monter aux joues quand ils réclament sans sourciller les bulletins de salaire de nos ancêtres jusqu’à la douzième génération ? » me demandais-je après une énième série de photocopies.
En quelque sorte, montait en moi le début d’un soupçon « Avons-nous là affaire à des être humains ? »

Mon esprit n’attendait que la formulation de cette angoissante question pour s’en aller vagabonder dans de délirantes rêveries proches de la science fiction. J’imaginais des unes de journaux où s’étalaient en gros titres « Un complot extra-terrestre déjoué par deux aspirants locataires », « Les agents immobiliers venaient d’Alpha du Centaure », « Leur but était de saper le moral des locataires parisiens ».

Je me voyais déjà, non pas en haut de l’affiche, mais en train d’hésiter quant au choix vestimentaire adéquat pour aller à l’ONU être félicité par les chefs d’états reconnaissants, quant à notre prochain lieu de villégiature estival à l’abris des paparazzis, quant à la pertinence d’aller au Stade de France procéder à une bénédiction de masses sur une foule grouillante avide de contempler leurs sauveurs.

Puis nous avons reçu un coup de téléphone nous annonçant que la signature déjà repoussée deux fois était encore remise à une date ultérieure pour la simple raison que les propriétaires étaient en vacances. Oui, oui, on vous a bloqué un week-end pour rien, on aurait pu penser à vous prévenir plus tôt mais rassurez-vous on ne vous fera pas payer tout le mois.
Dès lors, je fus rasséréné, autant de légèreté teintée d’insolente désinvolture était la preuve tangible d’un esprit bien humain.


mercredi 31 janvier 2007

A côté de la plaque. Dentaire cela va de soit.

Nous sommes le 31 janvier et vous vous étonnez que Monsieur Muche, usuellement si distingué, n’ait toujours pas présenté ses vœux à l’honorable assemblée que constitue le vaste lectorat de Glibichoute.

Ne prenez point ombrage de cette attitude. Elle n’est pas la manifestation d’un dédain méprisant, d’une désinvolture oublieuse ou d’une éducation défectueuse.

Il s’agit surtout pour Monsieur Muche de ne pas disperser ses efforts. Aussi puissante que soit sa volonté, elle ne permet pas de répandre son aura bénéfique sur une aussi large communauté durant un temps si long.

L’hiver est une saison rude où l’on se consacre essentiellement à combattre le froid, les rhumes, les angines, les bronchites, les grippes, les gastroentérites, les rhumatismes, les sinusites, les rhinites, les pharyngites, les rhinopharyngites, les laryngites, les trachéites, et autres désagréments corporels, à réchauffer des soupes, à préparer les repas de fêtes, à soigner un foie meurtri par moult agapes, à s’étonner qu’on ne rentre plus dans ses pantalons et à se laver les dents au moins deux fois par jour.

Au printemps, on se remet de l’hiver en écoutant chanter les mésanges et à l’automne on prépare l’hiver en regardant passer les cigognes. Et on se lave les dents. Au moins deux fois par jour.

Inutile donc de diluer ses efforts pour des saisons aussi vaines, alors que l’été est là pour permettre au corps de transpirer dans la voiture en attendant de trouver la place de parking près de la plage où l’on ira nager pour, essentiellement, muscler le bras qui tient la brosse à dents.

Voilà donc pourquoi, je vous souhaite d’avance le meilleur du 21 juin au 22 septembre, ainsi que du dentifrice à volonté.

mercredi 6 septembre 2006

Journaux d'un Muche

Comme ils me semblent aujourd’hui loin les jours heureux de l’ignorance. Mon âme baignait dans la quiétude, nul doute ne venait obscurcir mes pensées, nulle angoisse ne faisait mes sourcils froncer.

O mère ! Que ne vous ai-je mieux écouté quand votre douce voix prodiguait de sages conseils. J’ai relégué vos mots dans quelques obscures oubliettes mémorielles où ils se sont empoussiérés jusqu’à devenir de vagues fantômes imprécis. Aujourd’hui, alors que le mal est fait, ils semblent avoir retrouvé un éclat tranchant pour mieux lacérer mes oreilles de leur sinistre résonance : « Ne t’approche jamais d’eux mon fils, ce sont les lectures du mal !! »

Deviniez-vous alors le funeste destin qui m’attendait ? Quelques noirs présages vous étaient-ils apparus avant cette mise en garde ? Je ne le sais. Mais vous avez rempli votre rôle de parente aimante. Vous m’avez donné les armes pour me prémunir des dangers du monde et m’avez laissé partir les affronter pour que s’écrivent librement les chapitres de ma vie.

Fou ! Après quelques années de route, j’ai cru avoir fait mes preuves, je me suis vu guerrier accompli alors que mon noviciat s’entamait à peine. Sans le savoir, c’est ma garde que je baissais lorsque mes yeux se sont posés sur cette lecture.

J’ai eu alors accès à un savoir maléfique trop puissant pour moi. Son venin me ronge à présent.
Parfois, je me réveille en criant, dégoulinant de sueur, le corps tremblant. J’ai peur.

Angelina et Brad vont-ils se séparer ? Après Glibichoute, Britney et Cameron, Paris va-t-elle aussi se teindre en brune ? Cyril le tentateur osera-t-il longtemps porter cette coiffure pour le moins hideuse ? Christophe trouvera-t-il l’âme sœur ? Diam’s s’est-elle échouée sur la grève ?

Ces exemples forment un tout petit florilège des questions qui me hantent jours et nuits et font de mon esprit le siège d’un château de l’angoisse depuis que j’ai lu cet été deux exemplaires de Closer et Public.


Je remercie Truchinette de m’avoir aussi odieusement dénoncé dans les commentaires d’un précédent post.

mercredi 26 juillet 2006

Envie de crâner

- Muchigros, votre laisser aller capillaire n’a d’égal que votre relâchement ventral. Songeriez-vous par hasard à une étude comparée sur les taux de croissance des uns, de l’autre et de l’effet désastreux du tout sur votre allure générale ?

Même piqué au vif, le gentleman sait trier le bon grain de l’ivraie et reconnaître une réflexion pleine de bon sens quand on la lui assène, fut-ce avec la vigueur du boucher estourbissant le bœuf promis à l’abattage imminent.

Si la seule conduite à tenir en vue de regagner un ou deux crans sur la ceinture est de s’astreindre à une rigoureuse ascèse alimentaire, la résolution du problème capillaire est de nature à soulever plus d’interrogations.

En premier lieu, il s’agit d’admettre que la tentative de rapprochement avec le clan des surfeurs, cheveux mi-longs et libres de toute entrave, a été un échec. L’unanimité s’est prononcée pour une sentence définitive : cela ne me sied guère.
Soit.

En second lieu, il faut alors opter pour un nouveau look.
Si ma vision ne me fait pas défaut, il semblerait que la mode actuelle soit à une exubérante fusion des plus calamiteux courants des vingt dernières années, c’est à dire : beaucoup de gel, de l’ébouriffé façon punk atteint d’un sérieux Parkinson, un semblant d’iroquois mal assumé puisque la tonsure sur les côtés est passée aux oubliettes, un hommage aux footballeurs polonais des années 80 avec quelques cheveux longs filasses sur la nuque et une sorte de revival Wham avec des mèches décolorés pour compléter le tableau.
Autant dire que je ne me voyais guère passer des heures au salon de coiffure pour aboutir à cet ornement pour le moins bizarroïde.
De surcroît, le décadent qui se respecte ne suit jamais la mode. Ou alors de très loin, quelques décades si possible.
Mais pour autant décadent que je me proclame, je ne suis pas non plus adepte de l’agressivité visuelle. Je crois fermement que le monde n’est pas prêt pour un retour à la raie bien droite et telle qu’elle se pratiquait de l’après guerre jusqu’au milieu des années soixante. Le choc serait trop rude. Il existe sûrement quelques personnes qui se délectent de raies bien droites, mais ce sujet est hors de propos.

Finalement, la lumière est venue d’une séance d’introspection.
Mon acteur préféré : l’immense Marlon Brando, inoubliable interprète du colonel Kurtz dans Apocalypse Now.
Ma série préférée : The Shield dans laquelle Michael Chiklis incarne le très impressionnant détective Vic Mackey.
Ma publicité préférée : celle de Nike pour l’Euro 96 où, sur un extrait Wagnérien de la sublimissime « Mort de Siegfried », Cantona jouait un sombre légionnaire qui prenait une douche.

La conclusion s’imposait d’elle-même.

Kojak n’a plus qu’à bien se tenir.

Ou alors…ou alors …j’ai complètement fabulé, inventé cette histoire pour ne pas avoir à admettre que j’ai complètement échoué ma tentative d’auto coupage de cheveux et que j’ai dû me raser l’occiput.
Mais ce n’est pas mon genre.


dimanche 16 juillet 2006

De retour sur 26

Si le bruiteur de la guerre des étoiles était passé aux abords de sa maison hier vers midi, il se serait précipité vers la maroquinerie la plus proche. Il y aurait acquis la malle disponible à la plus forte contenance et serait revenu au triple galop pour réclamer de sonnants et trébuchants royalties.
En effet, avec moult amplitudes, émanait de cette maison le fameux cri déchirant de Chewbacca. Celui qui glaçait les cœurs de tristesse quand le capitaine Han Solo se retrouvait prisonnier des sinistres séides de l’Empire.
Las, le pauvre se serait alors vu fort marri en constatant qu’aucune utilisation abusive de sa production n’était effectuée par de quelconques mauvais payeurs. Car la plainte lugubre provenait du gosier d’une charmante jeune femme blonde. Assise sur le bord d’un lit, elle se tenait la tête entre les mains et poussait ces cris de bête.
De temps en temps, d’une voie chargée de tremolos, elle plaçait cette énigmatique phrase « 26 ans, je suis bien trop jeune pour être si vieille »

Bien que j’aie placé ma ligne de conduite sous le signe de la décadence, je ne tiens pas à pousser plus avant le rapprochement entre cette créature, au demeurant fort sympathique mais à la pilosité surabondante, et la délicate jeune femme blonde mentionnée plus tôt. Question de survie.

D’ailleurs, retrouvons-là en début d’après-midi à proximité d’une falaise. Le ciel est bas, gris, chargé de nuages menaçant, les herbes hautes sont couchées par un vent mauvais qui souffle la colère d’un dieu rageur.
Habillée d’une robe de coton blanc dont elle plaque les pans contre ses cuisses, elle contemple la mer démontée dont les vagues viennent s’écraser contre les rochers en contrebas avec un fracas de charge militaire.
Une scène digne des « Contrebandiers de Moonfleet » ou des « Hauts de Hurlevent »

Un genre de Heathcliff se tient d’ailleurs à ses côtés.

- Non, non. Je ne puis désormais concevoir un monde où j’aurais 26 ans, c’est trop dur. Mon cœur ne s’y résout pas et ma raison flanche face à cette perspective.

Elle se rapproche d’un pas du bord de la falaise et, dans un élan de dramaturgie exacerbée, renverse la tête en arrière pose le plat de la main sur son front.

- Maudit sois-tu temps qui file ! Ne pouvais-tu donc m’épargner, ne pouvais-tu donc détourner de moi ton regard agressif ? Monstre d’avidité, il te les faut donc toutes ! M’attaquer ainsi sans relâche, tendre et innocente agnelle, alors que j’entre à peine dans la fleur de l’âge. N’éprouves donc tu jamais ni remords, ni pitié ? C’en est plus que je ne puis supporter. Mer, accueille en tes bras humides ta fille martyre, je ne saurais en souffrir plus.
- Ha non, Glibidouce, vous ne pouvez pas sauter.
- Tiens donc et pourquoi cela Grunigrou ?
- Parce que ça vous ferait bobo au genou et que vous rateriez le très bon dessert que votre sœur a préparé.


Elle se retourne, tout sourire :

- Panacotta à l'amande et petits choux à la crème chantilly et aux fraises et framboises, décorés de groseilles, le tout fait maison. C’est une tuerie. J’espère que ce coup-ci les médicaments contre l’ostéoporose ne me couperont pas l’appétit. On y va Gru ? Je ne voudrais pas être en retard. Sinon les autres morfales y vont nous laisser peau d'balle. Et avec mon déambulateur vous savez comme je suis lente.





mardi 2 mai 2006

Le Comte était bon

De : Caporal Muche
A : QG des carnetistes de tous horizons.
Objet : CR de bataille.


Carnetistes,

Détaché par la Commandante Eulalie du champ des opérations en cours contre les forces ennemies, je viens vous faire un rapport officiel sur le déroulement de la bataille.

J-2, fin de mâtinée : premières escarmouches contre quelques éléments d’une grille facile qui nous attendaient en embuscade derrière un canapé. Fort heureusement, malgré cette traîtrise, nous nous en sortons sans trop de dommages. Une mine cassée, un crayon mordillé et une injure lâchée sont à compter au nombre des pertes. Nous pensons que ce n’est là qu’une ruse destinée à tester nos forces.

J-2, milieu de l’après midi : notre analyse est la bonne. A la remontée de l’escalier, dans le grand espace dégagée de la chambre nous attendaient deux divisions de grilles lourdes cachant notre cible finale. Nous ne pouvons à cette heure déterminer la nature de ses forces. Néanmoins le moral est bon. Nous décidons d’établir notre camp de base à la vue de l’ennemi.

J-2, milieu de soirée : après une étude tactique rondement menée, notre Commandante sonne l’assaut sur la première cible la DB d’enfanterie dirigée par le tristement célèbre Colonel Priz De Têt. Une charge éclair fait des ravages dans la première grille. Beaucoup de chiffres tombent. Grisé par ce résultat nous nous enflammons. Hélas, l’ennemi garde la tête froide, tandis que nous nous éparpillons en de vaines attaques, il reste discipliné et défend vaillamment la moindre case. Nos pertes commencent à égaler les leurs, une feuille entière est tombée au champ d’honneur, criblée de ratures et de chiffres griffonnés. La Commandante réagit et ordonne un pilonnage systématique de toutes les colonnes. Et finalement, après un combat acharné, la première grille tombe. Nous nous retirons pour compter nos morts, soigner nos blessés et nous reposer.

J-1, midi : l’objectif d’aujourd’hui est le deuxième régiment de grille armée jusqu’aux dents du Maréchal Traudure. Echaudée par les difficultés de la veille, la Commandante met en place une stratégie moins directe. Elle envoie une escouade de taupes destinée à saper les premières lignes adverses. Puis, elle frappe systématiquement : colonnes, lignes, carrés3x3. Toujours dans cet ordre. Comme la veille, la résistance est rude, mais nous sommes prévenus. Nous serrons les rangs ainsi que les dents et avançons inexorablement. Le sol est jonché de critériums, les murs tremblent du fracas des jurons proférés. De temps en temps, nous devons reculer pour mieux contourner des poches de résistance acharnée. Derrière, l’intendance se révèle déficiente, suite au détournement d’un convoi d’approvisionnement, le goûter de 16h30 est repoussé à 17 heures. Le Général des Logis Papou sera gravement châtié pour avoir dégusté la tartine qui ne lui était pas destiné. Le moral flanche, un cahier de brouillon est menacé d’exécution pour désertion. Nous n’avançons plus, une guerre d’usure commence.

J-1, 23h45 : une percée inespérée des Tipp-Ex lézarde les rangs adverses, leurs chiffres tombent les uns après les autres. Après presque douze heures, la deuxième grille rend finalement les armes en moins de dix minutes. C’est un triomphe inattendu. Nous nous retirons pour la nuit.

J, 14h : la Commandante se tient le dos raide et les yeux rougis sur son fidèle destrier. Ses traits sont tirés. Elle fait craquer sa nuque. Nous sommes face à notre destin : la place forte Diabolique tenue par le cruel Comte Su Doku lui-même, chef suprême des armées ennemies.
La même tactique que la veille est décidée, bien que nos rangs soient beaucoup plus clairsemés. Une troupe novice de jeunes gommes fraîches a été enrôlée d’urgence et malheureusement de force. Hélas, les sapeurs reviennent avec de maigres résultats. Seulement sept chiffres adverses ont cédé. Nous nous élançons.
Après quatre heures de combat acharné, le bilan est catastrophique. Nous avons perdu la moitié de nos gommes, le taille crayon est au bout du rouleau, il n’y a plus une goutte de Tipp-Ex et plus aucun juron en stock. Il nous reste trois mines, deux petites feuilles et une pauvre gommette égarée.
En face, les pertes se comptent sur les doigts de deux mains tout rond.
La retraite est sonnée, nous nous retirons dans le salon. Les profils sont bas, mais nous décidons de finir héroïquement. Alors que l’ultime charge se prépare, nous avisons dans le placard un régiment de crayons de couleurs laissés par le Tyran Bulle.
La Commandante profite de ses forces fraîches pour tester une audacieuse tactique chromatique. Perturbés par cette approche inédite, les rangs adverses se désorganisent. Les 5 cèdent en premiers, suivent rapidement les 1, 2 et 9. Ragaillardis par ce succès, nous enfonçons les 7 sur le flanc tandis que les 4 sont pris en tenailles. Deux heures après, c’est la capitulation, les 3, 6 et 8 signent l’armistice. Le comte Su Doku est vaincu et destitué.

J, 22h : je commence la rédaction du présent rapport. Certes, nous avons triomphé des forces maléfiques et là où régnaient les ténèbres c’est maintenant la clarté qui prédomine. Mais à quel prix. Nous ne disposons plus que de quelques éléments et si l’on en croit les sinistres rumeurs en provenance de la cuisine, le Baron Mo Fléchay préparerait une offensive contre nous. Or, en cet instant la Commandante Eulalie est plongée dans un état semi comateux d’où elle ne sort que pour maugréer une litanie de chiffres incompréhensibles. Nous n’avons peut-être plus de chef, l’heure est grave.


Salutations,

Caporal Muche

jeudi 16 mars 2006

Mon festival du film asiatique

Quand elle m’a suggéré d’assister au huitième festival du cinéma asiatique, immédiatement mille images délicieusement exotiques éclairèrent l’écran de mon imagination.

Ici, un plan fixe de huit heures d’un caillou subissant une pluie battante tandis qu’un panda chante dans une lointaine forêt de bambous.
Là, un travelling méticuleux autant que sublime le long d’un roseau des rives du Yang-tseu-kiang au petit matin.
Ou ailleurs encore, l’attente libératrice de la parole forcément profonde quoique légèrement chevrotante du vieux maître lissant énigmatiquement sa barbe.
Et que sais-je encore ? Peut-être une libellule.
J’ai donc répondu oui tout de go.

Quelle ne fut pas ma surprise de constater que tous les asiatiques ne partagent pas ma conception du cinéma asiatique.

Je n’ai jamais assisté au spectacle de mangoustes se livrant à un combat de chatouilles, mais j’imagine que le mélange de vitesse, de précision et de « bonds dans tous les sens » puisque je n’ai pas de meilleures expressions sous la main serait le même que celui que j’ai vu.

Bien sûr, le réflexe premier du gentleman est de froncer les sourcils en lâchant, navré, un « Tss, tss » de circonstance quand deux humains s’abaissent à se livrer à la violence physique pour régler leurs différends. Mais, il faut avouer que dans l’obscurité d’une salle de cinéma, il est plaisant de se laisser aller à écarquiller les yeux en se disant « Ces zigotos sont furieusement agiles » (Veuillez excuser ce langage populacier à la limite du hooliganisme, mais toute honte bue, je dois confesser que le mot zigoto est bien celui qui m’est venu en tête)

Je soupçonne aussi la plupart des réalisateurs de s’être adonnés au visionnage massif, prolongé et visiblement jouissif des « Blues Brothers » (« The Blues Brothers » est une œuvre aimablement subversive par trop méconnue du cinéma américain dit "underground"). Car le nombre de véhicules sacrifiés à l’autel des cascades en voitures par film frise indécemment l’hécatombe. Quand on connaît le prix de ces engins, le cœur ne peut que se serrer.
A l’unisson de celui de Mademoiselle Truc qui se serrait pour d’autres raisons moins romantiques comme la mort tragique de la jeune héroïne dans un des accidents en question.

J’ai néanmoins failli voir rouge après qu’une poursuite se soit soldée par l’écrasement de quelques roseaux. J’étais bien décidé à saisir ma plume vengeresse pour tancer de quelques formules impitoyables le réalisateur. De quel droit osait-il ainsi détruire le matériel de ses confères plus sensibles au charme de la nature ?
La traductrice très menue a eu beaucoup de mal à se frayer un chemin au milieu de ces gros bras du service de sécurité qui tentaient de m’arracher au fauteuil que, pris par la rage, je mordais à belles dents.
Elle a tiqué quand j’ai recraché à ses pieds la mousse de l'accoudoir pour lui expliquer la raison de mon emportement.
Elle m’a contemplé longuement de son regard mystérieux où se reflétait une sévère réprobation.
Finalement, il ne manquait qu’une barbe à lisser. Car si elle n’a pas été énoncée par un quelconque vieux maître, la parole libératrice tant attendue a été profonde et légèrement chevrotante.
Le message délivré étant la garantie qu’aucun roseau n’avait été blessé durant le tournage, promis juré monsieur, c’est marqué là dans les trois idéogrammes du générique, il faut rentrer chez vous maintenant.

Alors, je suis rentré chez moi.

lundi 16 janvier 2006

La fibre paternelle

Je n’ai rien vu venir. Tels de vaillants bandits mexicains avides d’or, les choses suivaient leur train qui roulait paisiblement.
Mais hélas, mes yeux n’étaient pas ouverts sur la dure réalité, embués qu’ils étaient par un halo rosé de bonheur béat.
Un soir, alors que les aléas du travail m’avaient ramené au bercail après une longue semaine à Bangkok, je tombai sur une Mademoiselle Truc en larmes. Je lui demandai la raison de cette lacrymatoire attitude. Pour toute réponse, elle posa sur ma misérable personne son grand regard bleu alourdi de tristesse. Quiconque a déjà vu ce regard là sait qu’il est impossible de le fixer sans avoir l’impression d’avoir commis un crime atroce. Mes habitudes ne sont pas de fuir mes responsabilités mais ce n’est pas sans un tremblement certain dans ma petite voix que je quémandai une explication.

Elle me dit « Muche, quand nous avons décidé de partager les beaux moments de notre vie, vous m’avez abreuvée de belles paroles. Vous m’avez promis de me soutenir dans les moments difficiles et d’alléger un peu ma charge. J’avais été honnête avec vous, je vous avais prévenu que le fardeau était lourd. En riant comme s’il n’en était rien, vous m’aviez assuré que vous seriez là, contre vents et marées et que je pouvais compter sur vous. Oh oui, il est vrai qu’au début vous avez été présent, vous n’avez pas ménagé vos effort. Mais avec le temps, votre travail vous a accaparé, vous m’avez délaissée et maintenant je me retrouve seule à m’occuper du petit. Pourtant, vous savez à quel point il exige dévouement et attention. J’en suis venu à croire que vous ne l’aimez pas. »

Je le confesse, chacun des mots prononcés était l’expression de la vérité nue. Des flots acides de remords inondaient mes entrailles et mon cœur blessé n’était plus qu’une piteuse loque dévorée de honte. Je n’avais pas écrit de texte pour nourrir le blog depuis deux mois, laissant à ma pauvre dulcinée le soin éreintant d’assouvir sa faim gargantuesque.

Mais Truchidouce n’est pas la bonté personnifiée par hasard. Elle m’a laissé une nouvelle chance.

Malheureusement, je n’ai rien à dire.

mercredi 16 novembre 2005

Deux ou trois choses que je sais d’elle.

Depuis que j’ai la chance de partager certains moments de l’existence de Truchinette, il ne se passe pas une seule réunion mondaine sans que certaines de mes connaissances, voire quelques-unes unes des siennes, me prennent à part pour me demander sur le ton de la confidence inquisitrice « Alors vieux Muche, comment se passe la vie avec Elle ? »
Ayant idée que cette question brûle aussi vos lèvres, Honorables carnetistes de tous horizons, je m’en vais vous faire la même réponse.
L’élémentaire pudeur impose d’écarter impitoyablement la possibilité que j’expose ici l’intimité de notre couple. Cependant, je veux bien déposer l’aumône de quelques détails dans vos escarcelles tendues de mendiants de la connaissance.


Mademoiselle Truc est très attachée à l’homogénéité des aliments qu’elle ingère. Cela m’est apparu lorsque je l’ai vu déguster ses céréales. Sous mes yeux admiratifs, elle a soigneusement trié les pétales des pépites de chocolat pour mieux profiter de la sensation procurée par l’engloutissement (à défaut d’un mot plus approprié) massif du chocolat en une seule fois. Elle fait ça dans sa main car dans le bol il y a le lait et il ne faut pas tout mélanger.

J’hésite fortement à lui proposer un couscous ou une paella. Ou alors ne rien prévoir l’après midi.


Mademoiselle Truc éternue comme un bébé. Elle émet juste un léger « ‘Tchi ! » C’est très surprenant. Je ne connais personne d’autre dont l’éternuement puisse m’attendrir.

J’ai souvent envie de lui agiter une plume sous les narines tellement c’est mignon. Fort heureusement, je ne dispose pas de la moindre plume.


Mademoiselle Truc attache une forte importance au recueillement pour les morts. Ainsi, elle exige chaque nuit que nous accordions une minute de silence par personne à un minimum de 540 personnes. Elle est intransigeante sur le sujet, au moindre manquement de ma part elle manifeste sa réprobation par des secousses sur l’épaule fortement prononcée.

Je suis devenu un expert en remèdes anti-ronflements.



J’avais dit deux ou trois choses. Ce texte est fini.

lundi 26 septembre 2005

L'ex[Muche]entrée

dixit #1 (© Méluzine )
M.T. : "Décoincez-vous donc Muchaillon ! Quand vous arrivez, on voit le parapluie avant l’homme."

lundi 29 août 2005

Muche s'en fout

18h34.

- « Mat a raison Muchigros, votre style est ampoulé pour ne pas dire surchargé. Vous pourriez alléger. »

- « Ne m’appelez pas Muchigros s’il vous plaît. »

- « Ne faites pas votre mauvaise tête. »

18h36. Rumine, rumine et rumine encore.

18h40. «Est-ce si grave ? »

18h41. « Meuh non, Muchoubidou. Juste que votre langage est quelquefois comme les plats que vous aimez, ils sentent bons mais sont lourds et pénibles à digérer. »

18h42. « Tout de même Truchouille, mon désarroi est grand. N’auriez-vous pas pu me signaler ce défaut avant la quarante quatrième note ? »

18h43. Recommence à ruminer.

03h12. Rumine encore. Elle a de ces réflexions la Truchette de temps en temps !

03h13. Pourvu qu’elle n’apprenne jamais que je l’appelle comme ça.

05h02. Je me réveille brusquement par terre.

05h03. Je rejoins les draps et questionne : « Faisais-je encore semblant de ronfler ? »

05h04. « Non, vous parliez en rêvant. Dormez maintenant.»

10h44. Le café au lait et le pain de mie toasté sont les meilleurs amis de l’homme affamé en chaussons de cuir et robe de chambre.

10h45. D’une voix fraîche elle me demande « Monsieur Muche, qui est cette Truchette que vous réclamiez cette nuit ? »

10h46. Je fais mine de m’intéresser au grille-pain.

10h48. Mon menton vient de subir trois minutes de grattage intensif.

10h50. « Donc, mon style doit évoluer avez-vous dit. J’ai bien réfléchi, je suis d’accord. Mais je vais avoir du mal à me séparer du mien. Que me conseilleriez-vous ma douce ? »

10h51. Elle tapote ses lèvres de son index.

10h52. « Pourquoi ne vous inspireriez-vous pas de mes favoris ? ça ferait un bon début. »

10h53. Haussement de sourcils dubitatif. L’idée est envisageable.

13h20. La souris clique sur les liens zébro-pailletés et pailleto-zébrés.

14h00. Celui-là m’a l’air bien.

14h05. C’est décidé, pour le prochain texte j’imiterai [Thomas|http://thomassenfout.free.fr/|fr]



mercredi 24 août 2005

Quarante troisième note.

Je ne suis pas un révolutionnaire. Oh certes, mes penchants romantiques s’enfièvrent à l’idée de chevaucher farouchement un mulet dans la pampa tel un Zapata en goguette, ou de fumer un cigarillo dans la jungle comme le fit plus souvent qu’à son tour Ernesto sous son béret.




Mais les contre exemples fourmillent. Et surtout il est trop facile de se laisser entraîner par ses ardeurs, on commence par jeter des cocktails molotov sur un char d’assaut et on se retrouve en un rien de temps au réveil à contempler dans le miroir de la salle de bain des bouts de salades coincés entre les dents. Signe qu’on ne s’est pas ou très peu livré au brossage pré nuptial la veille. Quelle vilenie ! Cette simple idée me fait frémir comme du lait.




Dans une casserole, le lait.
Sur un réchaud, la casserole. Ou un briquet à la rigueur. Un puissant briquet.
Sinon le lait ne frémit jamais.
Et mon image serait nulle.
Déjà qu’elle ne mérite que de très loin le titre d’image.
D’ailleurs Panini n’en veut pas.
Mais je m’éloigne de mon sujet.
Revenons-y à grands pas allègres si vous le voulez bien.




Donc, je ne suis pas un révolutionnaire. Ni dans le sens d’être comme je viens de vous l’expliquer, ni dans le sens de suivre. Je situe mal l’intérêt de poser mes pas dans ceux d’un révolutionnaire. Aussi bonnes soient les effluves qu’il pourrait laisser derrière lui.




Par contre, je ne suis pas contre une petite entorse aux conventions. L’une d’entre elle voudrait que la note qui suit ma première soit la deuxième. Or cette idée me navre, me désole profondément, m’afflige au point que ce n’est que distraitement que je passe le fil dentaire mentholé entre mes molaires, mon exercice favori pourtant.




Voilà pourquoi, j’ai décidé, comme précisé à l’Honorable Agathe en réponse aux précédents commentaires, que cette note sera la quarante troisième.

Pour ne frustrer personne, je vais vous donner les sujets des notes non écrites.




Note 2 : comment je noue mes lacets.
Note 3 : un nuage en forme de chapeau melon.
Note 4 : une visite au musée de l’oreiller.
Note 5 : je n’aime pas les chardons.
Note 6 : Arthur Conan Doyle aurait-il fait un bon coureur cycliste ?
Note 7 : un secrétaire récalcitrant (part. I)
Note 8 : l’art du camouflage en milieu rocailleux.
Note 9 : une hirondelle a fait demi tour.
Note 10 : une hirondelle a fait le malheur du facteur.
Note 11 : pique-nique au pied d’une traction avant.
Note 12 : j’ai croisé le facteur au pressing.
Note 13 : Melle Truc prend son pied avec des rideaux.
Note 14 : comment j’aurais pu être champion du monde. (De pliage de chemise)
Note 15 : l’estime du capitaine ne vaut pas son âge.
Note 16 : mon dictionnaire, ce type fantastique.
Note 17 : un secrétaire récalcitrant (part. II)
Note 18 : concerto pour boite d'allumettes
Note 19 : « Clés Allen » dans l’espace (du garage) on ne vous entendra pas crier.
Note 20 : 4224TY14-B
Note 21 : pourquoi je déteste la Maison Coloniale.
Note 22 : en chaussettes, je suis moi.
Note 23 : l’anchois.
Note 24 : un poil dans la brosse.
Note 25 : les murmures d’un trompettiste.
Note 26 : jamais plus je ne mangerai pakistanais.
Note 27 : « The Party » un film étonnant.
Note 28 : tiens, Melle Truc avait déjà évoqué le sujet.
Note 29 : un nouvel élan.
Note 30 : un nouveau cerf.
Note 31 : un secrétaire récalcitrant (part. III)
Note 32 : un nouveau sous la mer.
Note 33 : triomphe à Villeneuve-La-Garenne.
Note 34 : jusqu’au bout du monde, voire du couloir.
Note 35 : Patrick Juvet Superstar ou « mère aime le disco français.»
Note 36 : le boucher ne comprend rien.
Note 37 : soudure à l’arc.
Note 38 : point de colle au pistolet.
Note 39 : j’ai jeté mon secrétaire.
Note 40 : les réveils de Melle Truc ou les mémoires d’un esquiveur de polochon.
Note 41 : les pépitos criaient mon nom.
Note 42 : table basse, la vengeance de la fille du secrétaire.




Ceci étant la note quarante trois, la liste s’arrête là.
La note aussi.